lsmm
VOIR LA TRACE
8 mai
2025
“Nous profitons d’un jour off pour prendre la route à destination de la Camargue, et plus précisément des Saintes-Marie-de-la-Mer. Le temps annoncé pour ce voyage d’une centaine de kilomètres ne prévoit pas de pluie mais un jeu du chat et de la souris entre le soleil et les nuages.
Les premiers kilomètres nous invitent déjà à nous émerveiller des couleurs que sème le printemps sur les champs. Ici un tapis jaune électrique, là des tâches rouge coquelicot contrastant parfaitement avec un vert luxuriant nourri par les pluies très généreuses de ce début d’année.
Route calme
à peu agitée
Les cités nous accueillent tour à tour : les Pennes-Mirabeau, Gignac-la-Nerthe, Châteauneuf-les-Martigues et enfin Martigues, la célèbre Venise provençale. Là, nous faisons une halte, le temps de recharger les batteries en carburant solide.
Pour connaître ces voies à les avoir parcourues à d’autres périodes, je puis affirmer qu’à ce stade, nous ne sommes en rien dérangés par la densité de la circulation. Le jour férié doit en être l’heureuse et principale raison.
Autour de
l'estomac
Nous reprenons notre périple pour rejoindre Fos-sur-Mer. Les chemins blancs sur lesquels nous avons le bonheur de circuler, nous proposent de contourner l’étang de l’ Estomac.
Hormis quatre promeneurs en goguette croisés sur cet aménagement bucolique, nous sommes les seuls au monde à profiter de ce répit vert avant d’entrer dans le coeur du réacteur pétrochimique si caractéristique de cette zone géographique.
Rock'n
Oil
Nous y sommes : le paysage provençal a radicalement changé à en être devenu méconnaissable. A sa place se substituent des cheminées, des unités de stockage, des grillages, des fils barbelés, des panneaux de mise en garde, de sens interdit, des réseaux de tuyauteries… la place a revêtu son costume austère voire hostile.
Traversés par un double sentiment fait de rejet envers cette artificialisation au service de la chimie et de fascination pour l’esthétique graphique de l’architecture et de tout son vocabulaire industriel, nous sentons évidemment bien que le terrain de jeu n’est pas du tout celui habituellement réservé aux deux roues à motricité jambesque.
Infirmant mon pronostic basé sur mes repérages effectués à partir des aperçus street-view, la zone est désertique en ce jour chômé. Seules quelques places de parking sont occupées sporadiquement, peut-être par des personnels de garde.
Les pieds
dans l'eau
Nous laissons sur notre droite un dernier entrepôt et nous engouffrons dans un chemin qui nous extrait de cette fracture paysagère. La nature reprend tous ses droits. Nous longeons un cours d’eau que nous devinons plus que nous voyons. La végétation d’une insolente densité protège jalousement cet écrin vital… quand soudain, le vert s'ajoure pour laisser apparaitre des pointes d'un jaune éclantant de vivacité.
Je stoppe net, rebrousse chemin sur une trentaine de mètres. Un pont enjambe la veine aquatique. Je m’avance, pose le regard sur ma droite… et là, devant mes yeux ébahis, des dizaines d'iris en thalasso prospèrent les pieds dans l’eau. J'invite Petiplata à me rejoindre pour lui permettre d'assister à ce spectacle de toute beauté. S’il fallait, à ce stade, ne conserver qu’une image de cette trace, ce serait sans doute celle-ci !
Le rendez-vous
des patients
Au vu du nombre de lancers tendus, les canaux d’Arles à Bouc et du Rhône à Fos figurent tels des incontournables rendez-vous pour les amateurs de pêche en eaux contraintes. Je suis surpris de constater combien ils sont nombreux - certains équipés pour tenir un siège - à attendre la prise miraculeuse qui fera de leur journée, une très belle journée. Nous abandonnons à leur insupportable stress ces athlètes de la patience.
Les joyeux
cornus
L’horizontale s’étale à perte de vue. Elle nous assure que nous en avons terminé avec le dénivelé.
Elle nous confirme également que nous sommes aux portes de la Camargue. S’il fallait s’en convaincre, gageons que la bande de cornus qui a stoppé là-bas toute activité broutagère et ne nous lâche pas du regard, a sans le moindre mot dire, tous les arguments nécessaires. Ils nous ont convaincu, bien entendu.
The pause
boat
“Vélos, veuillez mettre le pied à terre” somme le panneau qui nous fait patienter avant le retour du bac de Barcarin amarré sur l’autre rive du Rhône. Parmi les nombreuses surprises de cette trace, j’offre une croisière gratuite d’une dizaine de minutes à Petiplata : on ne se refuse décidément rien quand on est aventurier ! Une pause vélo qui nous permet, un instant durant, de profiter d'un temps suspendu et là-bas, de la montagne de sel des Salins-de-Giraud.
Le gratuit
cher payé
Nous débarquons, franchissons la frontière matérialisée par le panneau revendiquant “Parc naturel régional de Camargue”.
Une trentaine de kilomètres nous sépare de notre destination via “la digue à la mer”.
La promesse d’une telle invitation à circuler entre les eaux fut tempérée par une succession de portions aux revêtements aussi improductifs les uns que les autres en terme de rendement, au point de devoir parcourir 20 bornes en 90 interminables minutes mais tellement riches en points de vue privilégiés sur un territoire sauvage. Le dénivelé “gratuit” se paye parfois au prix d’efforts redoublés.
Paradoxe du moment relevé par Petiplata : “C’est plat de chez plat et pourtant, au plus loin que l’on regarde, jamais on n’aperçoit le clocher de l’église des Saintes !”
Au boutde l'effort
Patience et résilience sont deux vertus cardinales quand on semble, depuis un bon moment, au bout de l’effort à produire et qu'il faut le prolonger encore.
Là-bas, au loin, apparaît soudain le clocher attendu et avec lui se dessine les contours de la ville.
“ Teeeerre ! ” hurlait la vigie du haut de son mât. “ Clooocher ! ” criait la cycliste, épuisée d’avoir tant pédalé.