arelate
20 septembre
2025
RectosreV | En choisissant d'intituler mes traces aller et retour pour Arles “Recto" et "Verso”, j'étais loin d'imaginer que cette inspiration verbale trouverait non seulement son incarnation dans l'évidente orientation de deux chemins qui dessinent des destinations opposées mais également dans deux expressions météoroliques irréconciliables.
Il est 9h00. Les sacoches sont sanglées sur les porte-bagages. Nous enjamhons les cadres de nos deux-roues et entâmons notre périple. Il fait déjà très bon. Cette heure de départ tardive nous condamne, malgré nous, à devoir subir un flux automobile que nous connaissons en cette nouvelle première journée de week-end. Cela rendra toutefois une bonne partie de notre parcours stressante à devoir être sur nos gardes en permanence : la rançon du plaisir.
Douze & un
coups de cloche
Alors que nous finissons de refermer le cadenas qui sécurise nos montures, sonne la cloche de l'église gransoise Saint Pierre-ès-Liens. Quelle heure est-il ? Il est midi, pardi ! C'est ce que l'on appelle être à l'heure au rendez-vous ! Certes, nous n'avions aucunement rendez-vous (si ce n'est celui d'un repérage lors de l'élaboration de la trace) mais il était souriant de noter la coïncidence d'un timing aussi improvisé que parfait.
A gauche, une boulangerie pour le manger et à droite, "Le National" pour le boire. Les choses s'organisent au mieux pour une pause méridienne méritée : il faut préciser que Petiplata est soumise à une intensité de roulage un peu inhabituelle et, en outre de qui plus est, sous un soleil nous proposant un petit 35 degrés qui me convient tout à fait, mais qui la pénalise.
Un coup de cloche plus tard, nous reprenons notre épopée pédalée. Grans semble être dans sa période "travaux" : partout des panneaux, des barrières qui indiquent des chantiers ouverts. La voie qui nous permet de sortir du village n'échappe pas à la règle. Elle entre plus dans la catégorie "chemin blanc tape-cul" que de la rue marbre de billard.
Jamais
tu ne fléchiras
Nous nous éloignons de la cité, les platanes nous réservent une haie d'honneur ombragée. Sur nos flancs, l'eau invisible mais sonore court. Sa fraîcheur contraste avec le rayonnement du soleil sur l'asphalte.
Nous entrons sur la “route de la résilience”, une ligne droite sans autre intérêt que de nous mener d'un point à l'autre, une route longue de douze bornes et aussi plane qu'une mer d'huile figée, une route coincée entre l'autoroute A54 et des champs, une route avec pour unique point de vue - au plus loin que porte le regard - d'apprécier que là-bas sera où nous nous trouverons quand nous serons plus tard... même l'espoir a déserté les lieux et pourtant, il nous faut tenir et durer (“Aaaargh, abandonnez-moi là, je vais vous retarder !”). Douze petits kilomètres qui mettent le mental à l'épreuve car sur ce genre de voie, sachez mesdames et messieurs, que le temps dure plus longtemps qu'ailleurs ! Plus que cinq cents mètres et nous tournons à droite : nous saluons la monotonie et sa complice la folie, elles n'auront, cette fois, pas eu raison de nous (enfin, je crois).
La fontaine
de jouvence
Le Cool Kids café de Saint-Martin-de-Crau nous accueille pour une ultime et imprévue pause fraîcheur. La chaleur occasionne une énième poussée migraineuse chez une Petiplata qui lutte depuis plus d'une heure pour tenter de la contenir. J'indique la fontaine située de l'autre côté de la rue. La tête sous l'eau glacée fera son office et c'est une athlète revigorée que je retrouve. L'étau migraineux semble avoir relâché sa mâchoire, un peu. Nous pourrons repartir dans quelques instants pour rejoindre notre camp de base pour la nuit... toujours à bon train.
21 septembre
2025
VersotceR | Nous le savions en partant la veille : il nous fallait, ce jour, ne pas tarder à partir afin d'éviter la pluie annoncée pour la fin d'après-midi... enfin, si tout se déroule comme les données météorologiques le prévisionnent.
8h00, nous sommes sur la selle. Dès les premiers coups de pédale, sans le moindre temps d'échauffement, plus d'un kilomètre à 5% nous met immédiatement en forme. Nous scrutons le ciel : quelques nuages jouent avec un soleil qui poursuit sa rotation ascensionnelle. Rien de grave. Nous sommes en forme, la lumière est magnifique, tout va bien.
C'est dans
ma boîte
Incomparablement moins monotone que celle que nous avons parcouru la veille, la route qui s'ouvre devant nous est très belle, riche de ses trésors historiques, de ses villages pittoresques, de ses panneaux directionnels qui disent si bien la Provence... L'ennui n'a pas le droit de citer. Je ne cesse de porter mon regard aux alentours en pensant à toutes ces photographies que je ne ferai pas, à celles qui ne sont déjà plus que des souvenirs. Certains points de vue imposent malgré tout un temps d'arrêt, juste ce temps indispensable pour capturer l'image, avec un seul argument : celui de l'avoir simplement vue et en conséquence d'être dans l'obligatoire obligation de la figer pour la partager plus tard, dans ce qui constituera mon récit de voyage. Je m'invente même des excuses que pourtant personne ne réclame, c'est dire si je suis prévoyant..
Rouler
les Alpilles
Le tempo imposé durant notre voyage aller semble finalement peser lourd : Petiplata est à la peine. Le moindre dénivelé semble être chaque fois, une épreuve dans l'épreuve. Aureille nous accueille, elle sera notre halte providentielle. La caféine d'un expresso, les sucres d'un jus d'orange et de deux figues fraîches métamorphosent l'état de forme de celle qui n'envisageait pas pouvoir continuer et qui repart comme si elle n'avait pas déjà parcouru une trentaine de bornes “compliquées” et venait simplement de monter sur la selle. Je regarde le tour magique se dérouler sous mes yeux, je n'ai rien vu et crie à l'imposture, à la forfaiture : il y a un truuuuc !!!
Entre la départementale asphalte et le chemin cailloux le long des Alpilles, nous optons pour le second choix : d'abord parce que la trace est la trace et ensuite parce que la forme est revenue ! Excellent choix, bien que pas toujours facile à pratiquer : Komoot réserve parfois quelques surprises et celle du moment est de nous faire emprunter un segment plus adapté au VTT qu'au gravel. Quelques pierriers franchis à pieds ne nous privent en rien du spectacle qu'offre un panorama de toute beauté. Ce point de vue privilégié nous confirme cet humide que nous sentons monter dans l'atmosphrère : là-bas au loin, le ciel que nous avons laissé derrière nous a considérablement noirci, cela ne présage rien de bon. Il va falloir nous hâter...
Que d'eau,
que d'eau !
Nous hâter aura été ambitieux mais pas suffisant : à peine ai-je fini de dire à Petiplata que si la pluie ne nous tombe pas dessus avant d'avoir rejoint Salon-de-Provence, nous serons chanceux que quelques gouttes font leur apparition sur le cadran de mon compteur. Quelques autres, puis un peu plus. Nous stoppons sans plus attendre, enfilons nos vestes de pluie. La pluie redouble d'intenisté et alors que nous franchissons le panneau de la cité de Nostradamus, les cieux se déchaînent : un orage éclate au-dessus de nos casques et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les rues se font torrents et nous, victimes de la fureur céleste, nous retrouvons littérament trempés jusqu'aux os ! Pas d'autre choix que de laisser passer le déluge.
Nous trouvons refuge dans un restaurant à la carte fast-food mais à la particularité d'être estampillée bio. Nous nous remettons de cet inoubliable épisode devant deux burgers en constatant, sourire aux lèvres, le strict opposé météorologique entre hier et aujourd'hui (vous vous souvenez "recto/verso" ?).
Nous sommes trempés, nous sommes à mi-parcous. Voilà pour ce que nous tenons pour acquis. Il nous faut maintenant définir une stratégie pour rentrer : rouler sous la pluie reste au demeurant appréciable mais rouler sous ce que nous venons de vivre relève de l'inconscience. A ce moment de notre réflexion, ce qui nous attend si nous reprenons la route coche la case "Mystères". La gare est à quelques encablures, un train est à quai dans deux heures. Il sera notre transport de retour.
En arrivant sur le quai de la gare de notre camp de base, une cinquantaine de kilomètres plus loin, que n'entendons-nous pas éclater au-dessus de nos têtes ? La fatalité s'osbstinne, l'orage nous a retrouvés !!!