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VOIR LA TRACE
7 août
2025
Avant même que de quitter notre hébergement de la nuit (merci Jean Herbiaineby), le soleil nous fait déjà l'immense plaisir d'être à l'heure au rendez-vous du départ.
“Vous allez jusqu'où comme ça ?” nous interpelle un vieux sage à barbe, chapeau, canne et grimoire de vieux sage qui, après avoir bu son café attablé à la terrasse du Globe, se lève et fait quelques pas pour venir à notre rencontre.
Quelques échanges sur les aménagements des bords de la Mayenne et deux conseils “musées” - pour se mettre au frais - plus tard, nous débutons notre journée roulée en direction du chemin de halage et plus précisément du point nous permettant de reprendre notre trace là où nous l'avons laissée en fin d'après-midi de notre jour #1.
bjectif affiché : un peu plus de cents kilomètres à parcourir. C'est bon ça !
Pas de bras,
pas de chocolat !
Après Château-Gontier, je sens une Petiplata en perte de vitesse. Manque d'énergie malgré un ravitaillement "en plein vol", le problème est ailleurs. Bien que non convié, son mal de tête fait partie du voyage ce matin. Après quelques invitations à faire une pause, Petiplata s'ostinne à continuer : "Nous nous arrêtons dans cinq kilomètres pour déjeuner". J'insiste. Elle décline. Je décide. L'attelage stoppe. Petiplata s'allonge dans l'herbe, ferme les yeux durant quelques instants. ELle se relève. Le mal n'a pas déserté mais il a reculé.
Cinq kilomètres plus tard, à l'écluse “La Benâtre” nous déplorons le peu de sens commercial du garçon qui nous reçoit comme des cylcistes dans un jeu de quilles : "Vous n'avez pas réservé, tout est complet !". Cette sentence sans appel, qui colère doucement une Petiplata se voyant bien passer un temps de repos au bord de l'eau, a pour conséquence directe de devoir repousser notre pause méridienne d'une vingtaine de kilomètres pour atteindre la prochaine ville qui saura, à n'en pas douter, nous accueillir comme il se doit, elle !
Palindrome
City
Au prix d'une intensité redoublée pour ne pas arriver hors délai des services de midi, nous arrivons à Laval. Là, nous traversons le Pont Vieux datant du XIIIe siècle. Anecdotique a priori, cette traversée historique n'en marque pas moins pour nous le temps venu d'un changement : alors que nous la connaissons sous son profil “rive droite” depuis hier, nous chevaucherons désormais sur les chemins avec une Mayenne présente sur notre flanc gauche.
Nous avons bien pris le temps de profiter d'un repos et sa flammekueche gastronommique sur son dessert réconfort puis fini malgré tout par retrouver la “douloureuse” sensation du redémarrage. Il ne faut vraiment jamais s'arrêter trop longtemps au risque de devoir chauffer à nouveau la machine engourdie. C'est chose vite faite malgré tout, les corps sont conditionnés par quelques heures de roulage. Le train de l'après-midi peut se permettre d'être sénateur : 70% de la trace ont déjà été parcourus au moment de la pause déjeuner !
Rencontrer
les Oupas
Notre trio poursuit sa chevauchée fantastique. Encore aujourd'hui, nous sommes loin d'être les seuls à arpenter ces confortables chemins de halage. Vous ne le savez peut-être pas si vous n'appartenez pas à la grande famille des cyclistes mais nous avons nos trucs à nous. Par politesse, par tradition voire par convention, il convient de se saluer entre galériens du deux-roues, c'est ainsi.
Sociologiquement, anthropologiquement, les études distinguent trois types de peuplades qui bicyclent :
• Les “Bonjooours” répondent ou devancent votre sollicitation,
• Les "Trotards" dont on ne perçoit qu'un écho lointain mais dont on comprend qu'ils auraient pu appartenir aux "Bonjooours" juste quelques mètres avant,
• Les “Oupas”. Ceux-là sont rares. Ils se caractérisent par une surdité de circonstance, se permettant de dialoguer entre eux tout en étant tout à fait imperméable à cette voix étrangère à leur cercle. Espèce fascinante, croyez-moi.
Je n'ai pas
compté, moi !
"Alors PapyClaude, combien d'écluses avons-nous dépassé jusqu'ici?" Trop occupé à profiter de son moment, l'athlète ne les a pas comptées. J'avoue ne pas avoir fait mieux. Il faut dire que leur nombre est aussi impressionnant que leurs infrastructures savantes. Une petite recherche aura aisément apporté une aussi incroyable qu'inattendue réponse à cette énigme : entre Montreuil-Juigné et Mayenne - 100 km environ -, ce ne sont pas moins de 45 écluses qui pointillent la Mayenne. Chacune témoigne d'un passé fluvial glorieux dédié aux transports de marchandises (fer, toile de lin, bois, pierre, anthracite, grains, fruits, légumes...), passé aujourd'hui révolu au profit de la navigation de plaisance.
Il était
une fois...
“La construction du barrage à écluse du Port était prévue dans l'avant-projet de canalisation de la Mayenne établi en 1840 par l'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées Pinsonnière. Le projet définitif est dû à l'ingénieur ordinaire Dupuy. Il a été approuvé par le ministre le 29 avril 1857 et exécuté par l'entrepreneur de Tours Genève-Brault, choisi lors de l'adjudication du 29 mai. Les travaux étaient presque terminés en octobre 1859, lors de l'ouverture provisoire à la navigation. La date de 1858 est inscrite sur le linteau en pierre de taille de granite de la porte d'entrée de la maison éclusière. En 1907, celle-ci était inhabitée et le service de l'écluse était assuré par les deux éclusiers voisins. En 1908, elle fut louée à un particulier. E.D.F. a installé en 1959 une micro-centrale électrique (date portée sur le transformateur).” En savoir plus.
Avoir l'art& la rivière
Je me suis fait cette réflection toute la journée : la Mayenne semble en apparence définitivement plus apaisée que la Loire. Elle inspire au calme. Sa surface lisse miroir est ici, ridée par la caresse du vent, là, fendue par le sillage d'un bâteau de plaisance ou au loin, brouillée en un point que l'on sait être une chasse subaquatique.
Vert boueux uniforme ou ponctué de reflets bleu céleste, l'horizontale est toujours fidèle à elle-même et finalement vraiment jamais pareille selon le point de vue d'où on la regarde. Je scrute le ciel immaculé. Malgré son intensité, je ne retrouve pas ce bleu qui accompagne mes journées provençales. Il y a là dans ces pensées qui me traversent, la référence évidente à des cieux de Claude Monet ou d'Eugène Boudin et dans tout ce jeu délicat des ombres avec la lumière, la référence immédiate à la signature des impressionnistes...
Un dernierpour la route
Plus que trois petits kilomètres et nous arrivons à bond port : “Mayenne, nous voilà !”. Ça, c'est pour la théorie. La pratique nous proposa un jeu rigolo en nous invitant à emprunter un chemin des écoliers autrement appelé déviation. Petiplata roula au pourquoi du comment : des travaux de consolidations étaient en cours sur notre voie, impossible de continuer sans prendre l'itinéraire bis.
Nous nous sommes pliés à cette contrainte imprévisible (aventure quand tu nous tiens), jouant parfois aux fins limiers à la recherche des flèches jaunes jusqu'à nous retrouver sur une départementale qui nous est apparue automobiliquement bien hostile quand on passe soudainement de la zénitude aquatique à la vrombissante tempête motorisée. Nous entrons dans Mayenne, emplettons pour le soir, la porte du camp de base s'ouvre...