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JOUR#3 [ mayenne-alençon ]
   VOIR LA TRACE
SRAN#3 - Mayenne-Alençon

8 août
2025

“J'ai crevé durant la nuit”. La journée commence par une annonce quelque peu saugrenue de la part de PapyClaude qui, vélo renversé et roue arrière démontée, ponce en toute quiétude sa chambre à air avant d'y apposer un pansement autocollant.

Alors que j'affichais la veille au soir des statistiques dithyrambiques sur un ratio rustine/km tutoyant le nul, me voilà contraint de devoir revoir mes chiffres à la hausse juste avant le départ. Du souci, c'est vraiment que du souci. Et puis, c'est bien connu : il faut toujours un rabat-joie dans une équipe, il s'est démasqué de lui-même avant que d'attaquer la dernière étape de notre summer tour.
Un jury exceptionnel se réunira bientôt en conclave pour décider si oui ou non, qualification pour un prochain voyage il y aura. Le vélo c'est sérieux quand même : on ne dit pas "j'ai crevé" mais "je suis mort" et surtout : on ne crève pas la nuit, encore moins quand on ne roule pas !

La porte du camp de base est refermée. Merci Robert Biennebi pour l'accueil. La trace démarre aussitôt le trottoir descendu. Nous parcourons un gros deux cents mètres. Le panneau porteur du cycliste vert au blanc nous le confirme : la voie verte “Mayenne-Javron”, c'est par ici. Ça tombe vraiment hyper bien cette heureuse coïncidence, c'est elle que nous allons parcourir durant une quarantaine de bornes.

la relance
du freinage

Alors que j'avais pronostiqué, à tort (toutes mes confuses), une deuxième journée un peu monotone en terme de spectaculaire au regard d'un premier jour feu d'artifice, je suis certain cette fois de ne pas me tromper. Le tunnel arboré qui enferme notre route nous offre quelques percées sans le moindre intérêt visuel à chaque fin des sections de voie que balisent des barrières de bois composées et leur associé hexagonal, le panneau "Stop". A noter que sur les premiers kilomètres, les portions à rouler semblent courtes au point d'avoir la sensation de ne franchir que barrière sur barrière...

Complot quand tu nous tiens, la météo n'est pas de notre côté elle non plus. Le plafond nuageux installé au-dessus de nos casques, semble ne pas vouloir laisser le soleil percer malgré des tentatives répétées. Barre énergétrique fraîcheur cerise (version cycliste de "cerise sur le gâteau") : ça sent l'humide. Nos deux précédentes journées ont été largement baignées de lumière et de chaleur. Considérons de bon gré que nous sommes en sevrage des bons soins prodigués par une Dame Nature en RTT.

Poussière
tu rouleras...

Les perles de pluie venues d'un pays où il pleut parfois des jours durant viennent délicatement recouvrir le verre de nos lunettes, donnant au paysage qui nous entoure, un aspect hésitant entre le fluide ou le flou ou le flouide. C'est un style. Non, je ne peux pas dire que je n'aime pas...

Le crachin qui vérifie pourquoi cela sentait l'humide rend la poussière encore plus amoureuse qu'elle ne saurait l'être par temps sec. Je scrute nos montures : tout ce qui doit apparaitre habituellement d'un noir immaculé est désormais à classer dans le registre colorimétrique du gris aux nuances allant du foncé ou clair selon ce qui est directement exposé ou un peu plus caché. Nous n'y couperons pas : un nettoyage méticuleux et intensif s'imposera à la fin de cette aventure.

On ne nous dit
pas tout

Nous abandonnons la voie verte pour retrouver l'asphalte. Quelques pétards nous attendent avant de retrouver la Véloscénie en direction d'Alençon.

A peine arrivé au point de bascule du premier d'entre-eux, Petiplata signale un dysfonctionnement fait de rebondissements anormaux. Le verdict, implacable et cruel, tombe : “C'est une crevaison ma p'tite dame !”. Adieu mes brillantes statistiques. Toolbox sortie de son porte-bidon, vélo retourné, roue arrière démontée, nous changeons la chambre à air et repartons. Nous avions bien tenté de lever la main pour solliciter l'intervention de la voiture technique avec changement de roue ou de vélo (comme vu en juillet durant les Tours) mais jamais elle n'est venue. Moralité : la télévision nous ment et pis c'est tout.

A l'entrée d'un virage, Petiplata m'interpelle : "Tu as vu le lama ?". J'ai aussitôt sorti mon thermomètre de voyage, vérifié sa température de voyage et le contenu de la poche à eau de voyage qu'elle transporte dans son sac à dos de voyage. Un lama dans ces contrées, c'est c'là oui... et pourquoi pas une licorne à paillettes qui joue à saute-moutons avec des éléphants en tutus roses ? Nooon, j'en fais le serment (aide-moi Raymond Poupou), je ne me laisserai pas déconcentrer par cette vile tentative de destabilisation en milieu agricole !

Je relance
de deux

A l'occasion de cette ultime partie du parcours, MamaPetiplata et TataPetiplata ont décidé de nous retrouver pour faire, avec nous, les derniers kilomètres qui nous permettront de rejoindre le point d'arrivée de notre périple.

Après un déjeuner à Pré-en-Pail, c'est donc un équipage enrichi de deux nouveaux membres qui s'élance pour une petite trentaine de bornes. Une occasion de rouler à un 8 km/h compliqué à tenir et de faire la course avec TataPetiplata et son soudain 25 km/h dès lors qu'elle eut recours à son assistante assistance. M'enfous, j'ai relevé le défi... avec pour récompense un éclat de rire de me voir la dépasser alors même qu'elle se pensait déjà tituaire du maillot jaune après sa victoire au sprint électrique !

Bravo
& merci

Un dernier rond-point, un dernier virage. Garmin mélodie la fin à la fois la fin de la trace mais aussi celle du périple. Nous sommes au pied de l'Hôtel de Ville d'Alençon, comme convenu. Une dernière photo pour célébrer les trois journées qui viennent de s'écouler, se souvenir des belles choses qui appartiennent déjà au passé.

Au moment de refermer les pages d'une histoire courte et privilégiée, je veux féliciter nos deux fées électriques pour leur exploit du jour, saluer mes deux complices pour leur boucle bouclée et les remercier pour s'être laissés embarquer en toute confiance dans une aventure aux contours certes maîtrisés mais dont il reste une inconnue majeure : celle de vivre la réalité et ses possibles aléas ou déconvenues en essayant de savourer chaque moment, chaque découverte.
Samur-Alençon, c'est fait ! Que le prochain voyage commence...

SRAN#3 - Mayenne-Alençon